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GRINGA NO, GÜERA SI !
J'ai toujours voulu connaître le Mexique. Chaque fois, étonnés, les gens me demandent pourquoi. Oui, après tout, pourquoi pas la Chine, l'Argentine, ou le Maroc ? La première fois que j'ai atterri à Mexico, j'ai pleuré d'émotion. Et je crois que depuis, il n'y a pas une fois où je m'envole de ce pays, sans un énorme mal au ventre et des larmes plein les yeux. C'est un peu comme une maladie. Quand je ne suis pas sur la terre mexicaine, je ne suis pas à ma place. Ca ne se discute pas. Ca se subit. Mieux, ça se vit.
En fait, tout est de la faute d'une prof d'espagnol que j'ai eue en sixième. Je crois me souvenir qu'elle s'appelait Mademoiselle Escoubès. Elle passait toutes ses vacances (et Dieu sait si les professeurs français en ont beaucoup !) au Mexique, et à son retour, nous montrait des diapositives et nous parlait de ce pays, qui m'a fait rêver bien avant que je ne le rencontre.
Ma première honte a été quand j'ai étudié l'histoire de la conquête du pays par Hernán Cortès et la destruction de la civilisation aztèque. J'avais honte d'être blanche, honte de ce que nous avions fait (et j'utilise encore ce "nous" coupable) de cette civilisation brillante, honte d'être née du mauvais côté de l'Atlantique. C'était déjà bizarre parce qu'autour de moi, les autres n'avaient pas l'air de tant se formaliser. Moi, ça me rendait malade, et le soir, dans ma chambre, je pensais que j'aurais voulu naître Indienne, le cheveu noir, l'œil sombre et la peau cuivrée.
Hélas pour moi, je suis une "güera", tout ce qu'il y a de plus blanche, le cheveu blond, et les yeux verts. J'ai longtemps cru que cela faisait de moi quelqu'un d'incapable de bien aimer ce pays. De l'aimer dans tout ce qu'il offrait, dans tout ce qu'il cachait surtout.
Au début, quand je venais à Mexico, et surtout dans la province de Oaxaca (la plus belle du monde, mais nous y reviendrons !) je devais surtout me battre contre l'appellation de "Gringa". Ca merci, je savais ce que ça signifiait.
- Hey Gringaaaaaaa !
Et comme un leitmotiv parfaitement huilé, je répondais toujours vexée : "No soy gringa" !
Mais le mot que je ne connaissais pas, c'était "guëra". Celui-là, impossible de savoir ce qu'il signifiait. D'ailleurs, je ne comprenais pas pourquoi dans un pays aussi civilisé que le Mexique, on pouvait sans arrêt me parler de "guerra", car c'est ce que je comprenais. Les Mexicains, en s'adressant à moi, me signifiaient-ils que nous étions en guerre, qu'ils n'oubliaient pas le passé et l'histoire ? Jusqu'à ce qu'un livre de Pino Cacucci ("Poussières mexicaines") m'explique clairement ce qu'était un "güero" ou une "güera". J'en ai été soulagée, vous n'imaginez pas ! Ce n'était pas à proprement parler une insulte – encore que dans la bouche de certains, si ! –
Du coup, j'ai maintenant trouvé ma parade. Quand les hommes ou les enfants me crient : "Hey gringa !", je leur réponds dans un grand sourire : "Gringa no, güera si !" et ils éclatent souvent de rire. Marieka m'a même offert deux tee-shirts avec cette inscription marquée dessus. Alors, j'ai abandonné l'idée de me teindre les cheveux en brun, de mettre des lentilles foncées pour dissimuler la couleur de mes yeux, et j'assume mon teint pâle. Je reste étonnée que les Mexicains trouvent cela joli ! Moi je continue de trouver sublimes leurs peaux tannées de soleil, leurs regards sombres et mystérieux, leurs cheveux raides et noirs. C'est bien connu, on voudrait toujours ce qu'on n'a pas.
Hier, mon ami Ernesto m'a dit que je devrais écrire le "journal d'une güera" et le mettre sur Internet. Il ne m'a pas fallu longtemps pour me mettre à écrire. Ca devait dormir en moi comme une envie, comme un besoin. Et si vous le voulez bien, à partir d'aujourd'hui, nous allons nous donner rendez-vous régulièrement pour que je vous fasse partager ma vision de ce pays tant aimé. Je vous dirai tout de mes lectures, de ce qui me surprend ici chaque jour, parfois aussi de ce que je ne comprends pas. Pour moi, c'est un moyen comme un autre de continuer à aimer cette terre, de lui rendre un peu, si peu, de tout ce qu'elle me donne. A bientôt.
Ah, j'oubliais : mille pardons pour mes traductions hasardeuses et mon mauvais mexicain, mais c'est aussi une façon pour moi de mieux apprendre à parler la langue. Ne m'en veuillez pas. Merci.
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